Inspiration La dentelle de Binche

La dentelle de Binche

Texte Hélène Blanchart et Valérie Boeckmans – Images Hélène Blanchart


La dentelle de Binche est sans conteste l’un des fleurons de la Ville de Binche et jouit d’une renommée mondiale. La Ville voulait se doter d’un bâtiment moderne à la hauteur de sa notoriété. Le nouveau Centre de la Dentelle et des Métiers d’Art de Binche mettra en avant non seulement le travail et le savoir-faire légendaire des dentellières mais il proposera aussi aux visiteurs un très bel espace de vente et d’expositions de différents métiers d’art.

Alors qu’à Bruges les commerces de dentelle disparaissent peu à peu au profit de boutiques vendant du chocolat, il est plus que jamais important, dans les différentes villes qui ont été célèbres pour leur dentelle, de préserver le patrimoine grâce à des Centres qui lui sont dévolus. Ainsi en va-t-il de ce tout nouveau Centre.

L’histoire de la dentelle à Binche est complexe.

La dentelle dérive de la passementerie : alors que cette dernière est pratiquée par les hommes car réalisée avec de riches fils d’or ou d’argent, la dentelle va être confiée à de la main d’œuvre féminine car faite de simple lin. A la fin du XVIe siècle, elle apparaît dans nos régions par le biais d’échanges commerciaux avec Venise car le luxe et la richesse modifient le comportement vestimentaire ; la dentelle occupe de plus en plus de place dans l’habillement. France et Flandres entrent très vite en lice pour concurrencer les dentelles de Venise. C’est au XVIIe siècle que la dentelle flamande s’est transmise dans nos régions et que des spécialités ont vu le jour : la dentelle de Binche est confectionnée à Binche, tout comme la dentelle de Valenciennes à Valenciennes, la dentelle de Malines à Malines, etc.

Mais qu’est-ce que la dentelle de Binche ?

Le nom de dentelle de Binche est donné à une dentelle à fils continus complexe et qui est réalisée avec des fils très fins. Elle fait partie des belles dentelles qui sont difficiles à réaliser vu l’amalgame de points qui la composent (« points de neige » variés, fond de Paris, points d’esprit, parfois mailles de Valenciennes, …) ; les dentellières de Bruges l’ont même appelée « point de fée ». Ce produit de luxe, confectionné par les gens du peuple qui en réalisent pour améliorer un tant soit peu leur niveau de vie, devient un signe de richesse, de prestige et donc de pouvoir. La noblesse des Cours Européennes dépense des sommes colossales pour acquérir napperons, manchettes, jabots, cols, bords de vêtement etc et multiplie les occasions de s’en vêtir.

Puis la mode change…

La loi de l’offre et de la demande régissant les affaires commerciales, au XVIIIe siècle, on travaille à Binche la dentelle à fils coupés pour la ville de Bruxelles. Du coup, la dentelle de Binche s’estompe dans la mémoire des Binchois et son nom est donné erronément aux petits motifs de dentelle à fils coupés réalisés pour les marchands Bruxellois…erreur qui reste encore parfois dans les mémoires à l’heure actuelle ! Toutefois, ces motifs à fils coupés font partie de notre histoire. C’est pourquoi nous tenons à Binche à maintenir une formation pour cette technique dans laquelle nous excellons encore maintenant !

Dès 1825, la dentelle mécanique fait son apparition

D’abord un tulle mécanique voit le jour, imitant parfaitement le fond de Lille ; quelques années plus tard d’autres types de dentelle sont imités et des motifs de plus en plus complexes apparaissent. On peut désormais acquérir de la dentelle à un prix beaucoup plus abordable même si elle ne le reste que pour les bourses les mieux garnies ! Ainsi en va-t-il de la belle dentelle de Calais, dentelle mécanique élastique qui va lui permettre d’être utilisée en lingerie et dans les vêtements. D’emblée la manufacture s’essouffle et le savoir-faire tend à s’oublier… La dentelle de Binche, oubliée à Binche pendant quelques décennies, fut cependant perpétuée à Bruges.

Sur le tableau de F. Poncelet, la dentelle qui recouvre le beffroi de Bruges, par la répétition des motifs, semble être une de ces dentelles mécaniques, largement répandue dans la première moitié du XXe siècle.

Mais l’histoire continue…

C’est dans la seconde moitié du XXe siècle que se manifeste en Europe un mouvement de reprise de la dentelle en dehors de toute commercialisation. La dentelle intéresse une population féminine avide de remettre en honneur un travail manuel pour lequel elle ressent du goût et de naturelles aptitudes. Chez nous, heureusement, des Binchoises douées ont voulu faire renaître ce patrimoine local et ont pu faire ainsi revivre la dentelle de Binche à Binche ! Avec l’apparition du dessin technique, un plus grand nombre de personnes sont parvenues à réaliser cette belle dentelle. Cependant, un nombre restreint de personnes sont capables de créer cette dentelle et en dessiner la technique.

Rapidement, la dentelle renaît sous des formes nouvelles. Elle provoque chez certains artistes un désir de se réaliser et de s’épanouir, une curiosité active pour un art ancestral en quête de formes nouvelles. Audacieuse, après s’être détachée de sa fonction d’ornementation du vêtement, la dentelle se libère de la décoration plane et s’évade de la table ou du mur pour acquérir des formes tridimensionnelles et meubler l’espace. Cette tendance nouvelle est le début d’une longue aventure…

La dentelle contemporaine

Un nouveau pas vient d’être franchi, un mode d’expression est né qui va préserver un art traditionnel. Dentelle de création, la dentelle contemporaine est la collaboration entre une technique et une créativité artistique. Pour créer, l’artisan dentellier doit jeter un regard nouveau sur tout objet, porter un jugement critique et intensifier son imagination, faire des recherches individuelles sur l’esthétique, créer une dynamique de mouvement et réaliser son œuvre.

Actuellement à Binche

C’est l’Institut Supérieur Plus Oultre, dont la directrice est pour l’instant Valérie Dupont, qui a la charge de transmission des techniques anciennes via des cours de promotion sociale. Des personnes désireuses d’apprendre nos techniques, enviées par de nombreuses dentellières du monde entier, se déplacent de loin pour suivre ces cours. En septembre 2022 la dentelle contemporaine a été intégrée au programme scolaire. La transmission s’opère également à l’atelier créatif Dentelle d’Art de Binche, dont la présidente est actuellement Hélène Blanchart. Par l’innovation d’une part, l’atelier suscite la créativité sur base des techniques de dentelle, d’autre part il permet de poursuivre une formation et de la parfaire. Ses membres ont aussi la possibilité d’apprendre d’autres techniques de l’art du fil et y naissent des œuvres mélangeant différentes techniques. Une autre asbl binchoise, Création d’Art Textile Contemporain, regroupe des artistes internationaux autour de l’art textile. Son président actuel est Jules Parfait. Ces différentes institutions seront dorénavant promues au Centre de la Dentelle et des Métiers d’Art de Binche sous la coordination de Carole Corso.

Mais, alors, qui pratique la dentelle aujourd’hui?

A notre époque, la dentelle est pratiquée partout dans le monde essentiellement par des femmes mais pas uniquement. Comme par le passé, elle ne demande pas d’avoir obtenu un diplôme particulier ni de posséder de qualités spécifiques ; tout un chacun est apte à croiser et tisser les fils. En travaillant sur leur métier, les dentellières qui, contre toute attente, sont souvent des personnes nerveuses, croisent des gens et tissent des liens avec d’autres personnes passionnées ; ensemble elles cherchent avant tout à passer un moment hors du temps durant lequel elles oublient le quotidien. En fonction de leur goût et de leur créativité, elles pratiquent tantôt la dentelle à fils continus, comme l’est la Dentelle de Binche, tantôt la dentelle à fils coupés, ou aussi la dentelle contemporaine.

900 ans – 900 cœurs Défi 2024 au profit de Télévie

Le but du défi est de montrer la générosité des dentellières et d’arriver à récolter 900 cœurs réalisés pour les 900 ans de la ville de Binche ; les cœurs serviront au profit du Télévie. L’objectif du Télévie est de récolter des fonds qui financent la recherche belge dans la lutte contre la leucémie et le cancer, chez l’enfant et chez l’adulte.

Les coeurs seront exposés dans la salle du Kursaal Avenue Wanderpepen 30 à Binche Belgium du 7 au 20 octobre 2024 de 10 heure à 18h lors de l’exposition organisée à l’occasion des 900 ans de la ville par Dentelle d’Art de Binche asbl.

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