Inspiration Stazioni dell’Arte à Naples – StationToledo

Stazioni dell’Arte à Naples – StationToledo

Texte Pascale Jourdan


La violence occasionnée par un deuil est souvent associée à celle d’un tremblement de terre, un tsunami ou à un déploiement de lave incandescente tant le potentiel de douleur et de destruction est important. La vie, l’ordre qu’on y a établi est fragile et souvent soumis tôt ou tard à des coups de butoir. On est conscient qu’un jour ou l’autre les choses risquent de basculer. Est-ce pour autant qu’il faille le craindre et vivre dans la peur ? S’y préparer méticuleusement ? Ou se contenter de vivre paisiblement sa vie quotidienne en captant la moindre parcelle de beauté en ce monde et en faisant place à l’émerveillement quand on le peut ?

Cette situation fait penser à celle que vivent les habitants des Champs phlégréens au nord-ouest de Naples où les tremblements de terre se montrent de plus en plus inquiétants.

Chose étonnante, la ville de Naples, région volcanique au relief vallonné, riche en vestiges archéologiques, est dotée d’un réseau de métro profondément enfoui dans le sol dont une quinzaine de stations ont été imaginées par des architectes de renommée internationale et confiées à des pointures de l‘art contemporain du monde entier.

Ces stations de métro, les Stazioni dell’Arte, s’apparentent à des galeries d’art. Pour les unes c’est le décor qui est à voir, pour les autres ce sont les œuvres qu’elles exposent, on en dénombre plus de 250. La station Municipio est elle-même un musée avec l’exposition de 5 navires de l’époque romaine. Des visites guidées y sont même organisées.

Pour Giannegidio Silva, directeur de la société MetroNapoli, il est important de “mettre de l’art dans la vie des gens” et tout spécialement dans une cité plombée par le chômage et la pauvreté, en particulier chez les jeunes. Achille Bonito Oliva, le coordinateur artistique du métro d’art explique quant à lui qu’il a voulu créer une sorte de “musée obligatoire” qui, comme son nom l’indique, oblige les voyageurs à regarder des œuvres d’art. Les usagers du métro deviennent ainsi le public involontaire de messages artistiques en empruntant les transports en commun. L’art contemporain devient progressivement plus familier.

La ville de Naples, grâce à sa station Toledo, se place très avantageusement dans la course des plus belles stations de métro du monde. Élaborée en 2012 par l’architecte espagnol Oscar Tusquets, elle est le fruit d’une collaboration entre divers artistes issus du monde de l’art et du spectacle. Ainsi, William Kentridge, un artiste sud-africain, a été chargé de la mosaïque. La station étant située sous le niveau de la mer au fur et à mesure que l’on descend, le bleu se fait plus présent sur les murs couverts de mosaïques. Le metteur en scène américain Bob Wilson s’est chargé des jeux de lumières qui rythment la descente des passagers vers le ventre de Naples.

Une partie de la station Toledo, située près des quartiers espagnols, se trouve sous le niveau de la nappe phréatique. Pendant la construction, de l’azote liquide a dû être injecté pour solidifier l’eau et creuser les galeries.

Ce défi technologique a inspiré Oscar Tusquets Blanca, l’architecte catalan, à choisir de faire évoluer les voyageurs dans une ambiance sous-marine, dominée par la couleur bleue. En effet, entrer dans Toledo, c’est pénétrer dans des abysses futuristes et envoûtants aux multiples teintes de bleu à trente mètres de profondeur qui évoquent tant la montée vers la voie lactée et son puits de lumière que la plongée dans les tréfonds des océans selon l’heure du jour ou de la nuit. Un peu surréaliste, donnant à la fois l’impression d’être dans l’espace ou sous la mer … très photogénique… Le résultat est grandiose.

Il semblerait que ce lieu, qui pour certains pourrait également être inspiré par Gaudi, la grotte Azzura de Capri ou même la forme d’un volcan, encouragerait le respect des usagers car la station reste étonnamment propre par rapport à la ville.

Lorsque les visiteurs quittent cette partie « submergée », agrémentée notamment par un photomontage d’Oliviero Toscani, les usagers changent radicalement d’environnement. En empruntant les escalators qui mènent à la surface, ils franchissent la ligne qui désigne symboliquement le niveau de l’eau. Un jaune intense, rappelant la couleur de la terre et du tuf, envahit alors l’espace. Le contraste est saisissant. Il vous en coûtera donc le prix d’un ticket de métro, pour être le public volontaire ou involontaire de la plus belle station de métro d’Europe, voir une des plus belles du monde !


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